Quand une entreprise achète un ordinateur, un camion ou une machine-outil, elle ne dépense pas son prix d’un seul coup dans ses comptes. Elle étale cette dépense sur plusieurs années. C’est le principe de l’amortissement comptable. Il traduit une réalité simple : un bien perd de la valeur avec le temps, l’usage ou l’obsolescence. Cette perte, l’entreprise la constate chaque année dans son résultat, ce qui réduit son bénéfice imposable. Sans cette mécanique, une société qui investit 50 000 € dans un équipement verrait son résultat plonger l’année de l’achat, alors que le bien servira pendant cinq ou dix ans.
L’amortissement n’est pas une option. C’est une obligation comptable pour tous les biens inscrits à l’actif qui se déprécient de façon irréversible. Les terrains ou les œuvres d’art, par exemple, ne s’amortissent pas, car leur valeur ne baisse pas forcément avec le temps. En revanche, un véhicule utilitaire, un serveur ou un brevet perdent mécaniquement de la valeur. L’amortissement permet de répartir le coût d’acquisition sur la durée d’utilisation du bien, et non sur le seul exercice d’achat.

Quels biens peut-on amortir et sur quelle durée ?
Toutes les immobilisations ne sont pas amortissables. La règle est simple : seuls les biens qui se déprécient de manière certaine et prévisible peuvent être amortis. On distingue deux grandes catégories.
Les immobilisations corporelles
Ce sont les biens physiques que l’entreprise utilise durablement. Les durées d’amortissement sont fixées par l’administration fiscale et varient selon la nature du bien :
- Constructions : 20 à 50 ans
- Installations techniques et outillage : 5 à 10 ans
- Matériel de transport : 4 à 5 ans
- Matériel informatique : 3 ans
- Mobilier et agencements : 5 à 10 ans
Ces durées sont des repères. L’entreprise peut les ajuster si la durée d’utilisation réelle est différente. Par exemple, un camion utilisé intensivement peut être amorti sur 4 ans au lieu de 5, à condition de justifier cette durée dans la comptabilité.
Les immobilisations incorporelles
Les brevets, licences, logiciels ou frais de recherche sont amortissables. Les logiciels s’amortissent généralement sur 1 à 3 ans. Les brevets, sur leur durée de protection légale (20 ans maximum) ou sur une durée plus courte si l’entreprise estime que leur valeur économique s’épuise avant. Les frais d’établissement et de recherche sont amortis sur 5 ans.
Attention : le fonds de commerce et le droit au bail ne sont pas amortissables. Ces actifs sont considérés comme ayant une durée de vie indéterminée. Ils ne peuvent donc pas faire l’objet d’un amortissement, sauf en cas de dépréciation constatée.
Pour qu’un bien soit amortissable, son prix d’achat hors taxes doit dépasser 500 €. En dessous, il est considéré comme une charge déductible immédiatement.
Les deux méthodes de calcul : linéaire ou dégressif
L’entreprise peut choisir entre deux modes d’amortissement. Le choix dépend de la nature du bien et de la stratégie fiscale de l’entreprise.
L’amortissement linéaire : simple et prévisible
C’est la méthode de base. Elle répartit la dépréciation de façon constante sur toute la durée d’utilisation. Le calcul est simple : on divise la valeur d’achat du bien par le nombre d’années d’utilisation.
Prenons un exemple concret. Une entreprise achète une machine-outil pour 20 000 € HT, amortissable sur 5 ans. L’amortissement annuel sera de 20 000 / 5 = 4 000 € chaque année, pendant 5 ans. À la fin de la cinquième année, la valeur nette comptable de la machine sera de zéro.
Si l’achat a lieu en cours d’année, on calcule au prorata. Par exemple, pour une machine achetée le 1er juillet, la première annuité sera de 4 000 € × (6 mois / 12 mois) = 2 000 €.
L’amortissement dégressif : accélérer la déduction au début
Cette méthode est réservée aux biens neufs et à certaines catégories (matériel industriel, informatique, véhicules par exemple). Elle permet de déduire des montants plus élevés les premières années, ce qui réduit davantage le bénéfice imposable au début de la vie du bien.
Le calcul est un peu plus complexe. On applique un coefficient au taux linéaire. Le coefficient varie selon la durée d’utilisation :
- 1,25 pour une durée de 3 ou 4 ans
- 1,75 pour une durée de 5 ou 6 ans
- 2,25 pour une durée supérieure à 6 ans
Reprenons la machine à 20 000 € amortie sur 5 ans. Le taux linéaire est de 20 % (100 / 5). Avec le coefficient 1,75, le taux dégressif est de 20 % × 1,75 = 35 %. La première année, l’amortissement sera de 20 000 × 35 % = 7 000 €. La deuxième année, on applique le même taux sur la valeur nette comptable restante, soit (20 000 – 7 000) × 35 % = 4 550 €, et ainsi de suite. Quand le montant calculé en dégressif devient inférieur à ce qu’il serait en linéaire, on bascule sur le linéaire pour le reste de la durée.
L’amortissement dégressif est intéressant pour les entreprises qui ont besoin de maximiser leurs charges les premières années pour réduire leur impôt, mais il nécessite un suivi plus précis.

Tableau récapitulatif des durées et méthodes
| Type de bien | Durée d’amortissement | Méthode possible |
|---|---|---|
| Construction | 20 à 50 ans | Linéaire uniquement |
| Installation technique | 5 à 10 ans | Linéaire ou dégressif |
| Matériel de transport | 4 à 5 ans | Linéaire ou dégressif |
| Matériel informatique | 3 ans | Linéaire ou dégressif |
| Mobilier | 5 à 10 ans | Linéaire uniquement |
| Logiciel | 1 à 3 ans | Linéaire uniquement |
| Brevet | Durée de protection | Linéaire uniquement |
Les erreurs fréquentes à éviter avec les amortissements
La première erreur est de croire qu’on peut amortir n’importe quel bien. Les terrains, les œuvres d’art et le fonds de commerce ne sont pas amortissables. Certains entrepreneurs tentent de les inclure dans leur plan d’amortissement, ce qui expose à un redressement fiscal.
Deuxième erreur : confondre amortissement et dépréciation. L’amortissement est une perte de valeur prévue, connue, lissée sur la durée. La dépréciation, elle, est une perte exceptionnelle et non planifiée : un véhicule qui perd soudainement 30 % de sa valeur à cause d’une interdiction de circuler en centre-ville, par exemple. Dans ce cas, on parle de dépréciation, et non d’amortissement accéléré.
Troisième erreur : ne pas respecter le seuil des 500 € HT. En dessous, le bien est une charge immédiate. L’inscrire à l’actif et l’amortir sur plusieurs années complique inutilement la comptabilité et retarde la déduction fiscale.
Enfin, beaucoup d’entreprises oublient de calculer l’amortissement au prorata temporis quand l’achat a lieu en cours d’année. La première annuité doit être réduite proportionnellement au nombre de mois d’utilisation. Si vous achetez un ordinateur le 15 octobre, l’amortissement de la première année ne porte que sur 3 mois (octobre, novembre, décembre), et non sur une année entière.
Quel impact sur le bilan et le résultat ?
L’amortissement comptable a un double effet. Au bilan, la valeur de l’immobilisation diminue chaque année. On parle de valeur nette comptable : c’est le prix d’achat moins le cumul des amortissements. Au compte de résultat, l’amortissement est une charge qui réduit le bénéfice imposable.
Prenons un exemple concret. Une entreprise achète un utilitaire 30 000 €, amorti sur 5 ans en linéaire. Chaque année, elle enregistre une charge de 6 000 €. Au bout de 3 ans, la valeur nette comptable du véhicule est de 30 000 – (3 × 6 000) = 12 000 €. Si elle revend le véhicule 15 000 €, elle réalise une plus-value de 3 000 €, qui sera imposée.
L’amortissement permet donc de préparer le remplacement du bien sans impacter brutalement la trésorerie. Les sommes déduites chaque année sont censées être mises de côté pour financer le prochain achat. En pratique, beaucoup d’entreprises les réinvestissent immédiatement dans de nouveaux équipements, ce qui maintient leur outil de production à jour tout en réduisant leur impôt.
Amortissement et fiscalité : ce qu’il faut retenir
Les amortissements comptabilisés sont déductibles du bénéfice imposable, à condition de respecter quatre règles :
- Le bien doit être inscrit à l’actif immobilisé
- Il doit subir une dépréciation effective liée à l’usage ou au temps
- L’amortissement doit être calculé sur la durée réelle d’utilisation
- Il doit être effectivement constaté en comptabilité
Si l’une de ces conditions n’est pas remplie, l’administration fiscale peut remettre en cause la déduction. C’est notamment le cas quand une entreprise utilise une durée trop courte pour accélérer ses amortissements sans justification.
Pour les entreprises qui souhaitent optimiser leur fiscalité, le choix entre linéaire et dégressif est stratégique. Le linéaire convient aux entreprises qui recherchent une charge stable et prévisible. Le dégressif est plus adapté à celles qui veulent maximiser leurs déductions en début de période, par exemple après un investissement important. Mais attention : le dégressif est interdit pour certains biens comme les constructions ou les voitures particulières.
Enfin, n’oubliez pas que l’amortissement n’est pas une dépense réelle. Il ne sort pas de trésorerie. C’est une écriture comptable qui traduit une perte de valeur. Ne confondez pas charge comptable et décaissement. Votre compte en banque ne diminue pas parce que vous amortissez un bien.
Pour approfondir la lecture de vos documents financiers et comprendre comment les amortissements s’intègrent dans l’ensemble de votre comptabilité, vous pouvez consulter notre guide sur le bilan comptable, qui explique comment lire et interpréter ces données.
Si vous devez fixer des objectifs financiers précis pour votre entreprise, la méthode SMART appliquée à la gestion d’entreprise peut vous aider à planifier vos investissements et vos amortissements de façon cohérente.
Un dernier conseil : ne sous-estimez pas le suivi des amortissements
L’amortissement comptable n’est pas une formalité administrative qu’on règle une fois par an. C’est un outil de gestion qui a un impact direct sur le résultat fiscal et sur la valorisation de l’entreprise. Un tableau de suivi des immobilisations, mis à jour à chaque acquisition ou cession, évite les oublis et les erreurs de calcul. Si vous cédez un bien avant la fin de son amortissement, il faut comptabiliser la différence entre le prix de vente et la valeur nette comptable. Une plus-value ou une moins-value qui aura aussi un impact fiscal.
En pratique, mieux vaut anticiper la durée d’utilisation réelle de chaque bien au moment de l’achat. Une durée trop courte augmente les charges les premières années mais peut créer une moins-value à la revente. Une durée trop longue retarde la déduction et peut ne pas refléter la réalité de l’usure. Le bon équilibre se trouve dans une estimation réaliste, cohérente avec l’usage que vous ferez du bien.



