À partir de septembre 2026, la réforme de la facturation électronique va bouleverser la manière dont les entreprises gèrent leurs dépenses professionnelles. Si beaucoup ont déjà anticipé le changement pour les factures clients et fournisseurs, un angle mort persiste : les notes de frais. Chaque jour, des milliers d’euros sont avancés par les collaborateurs pour des hôtels, des repas d’affaires ou du carburant. Avec l’obligation d’émettre et de recevoir des factures électroniques via une plateforme agréée, le simple ticket de caisse ne suffira plus dans bien des cas. Voici ce qui change concrètement, et comment ne pas se faire piéger.
Pourquoi les notes de frais sont-elles directement concernées par la réforme ?
La réforme ne modifie pas les règles fiscales de fond. Pour récupérer la TVA sur une dépense professionnelle, une facture au nom de l’entreprise reste obligatoire dans certaines situations (par exemple, un repas d’affaires supérieur à 150 €). Ce qui change, c’est la forme de cette facture. À partir du 1er septembre 2026, dès que la réglementation impose une facture pour justifier une note de frais, celle-ci devra être une e-facture transmise via une plateforme agréée, et non plus un simple PDF ou un papier.

Le mécanisme est le suivant : deux flux coexistent. Le e-invoicing concerne les factures électroniques échangées entre entreprises françaises assujetties à la TVA. Le e-reporting vise la transmission de données de transactions qui ne passent pas par ce circuit, comme les achats à l’étranger ou auprès de particuliers. Les notes de frais se situent à la frontière entre ces deux mondes. Tout dépend à quel nom la facture est établie.
Prenons un exemple concret : un collaborateur réserve une nuit d’hôtel pour un déplacement professionnel. Si l’hôtel émet une facture au nom de l’entreprise, celle-ci entre dans le périmètre de la facturation électronique entre assujettis. Le collaborateur ne peut plus se contenter de joindre un ticket : il doit s’assurer que l’entreprise est correctement identifiée dès l’achat et que la e-facture arrive sur la bonne plateforme.
Ce qui change concrètement pour les collaborateurs sur le terrain
Pendant des années, le réflexe était simple : payer, récupérer un ticket, le joindre à la note de frais. Demain, cette logique ne suffira plus dans plusieurs cas. Le collaborateur devra identifier les dépenses pour lesquelles une e-facture est nécessaire, la demander au moment de l’achat, et utiliser la bonne adresse de facturation électronique pour que le document arrive dans l’outil de l’entreprise.
Les situations les plus fréquentes où cela s’applique :
- Repas d’affaires supérieur à 150 € : le reçu permet le remboursement, mais la TVA n’est récupérable que si le restaurateur envoie une e-facture à l’entreprise.
- Location d’un véhicule utilitaire réglée par carte personnelle : le collaborateur doit présenter une note de frais avec justificatif, et demander une e-facture pour que l’entreprise déduise la TVA.
- Nuit d’hôtel professionnelle : si la facture est au nom de l’entreprise, elle doit être électronique.
- Achat de carburant avec une carte personnelle : selon le montant et le fournisseur, une e-facture peut être nécessaire pour la récupération de la TVA.
Le seuil de 150 € reste un repère important. En dessous, certaines dépenses peuvent encore être justifiées par une facture simplifiée comportant un nombre limité de mentions obligatoires. Au-delà, il est généralement recommandé de disposer d’une facture complète pour sécuriser la récupération de la TVA et le traitement comptable.
Demander une e-facture doit devenir un réflexe, au même titre que demander un justificatif aujourd’hui. Les collaborateurs qui ne le feront pas risquent de faire perdre de la TVA à leur entreprise.
Le nouveau casse-tête des directions financières : rapprocher notes de frais et e-factures
Pour les équipes comptables et financières, l’enjeu principal est le rapprochement entre plusieurs flux : la dépense engagée par le salarié, le remboursement effectué par l’entreprise, le justificatif transmis dans la note de frais, et les données de facturation électronique reçues via la plateforme agréée. Ces éléments arrivent par des canaux différents, et il devient indispensable de les associer pour sécuriser la comptabilisation et la déduction de la TVA.
Les risques concrets en cas d’absence de rapprochement :
- Double comptabilisation : la note de frais est enregistrée d’un côté sans déduction de TVA, et la e-facture de l’autre côté, créant une écriture en double.
- Perte de TVA : l’entreprise peut choisir de ne pas déduire tout ou partie de la TVA si le rapprochement est trop complexe avec des outils inadaptés.
- Non-conformité fiscale : en cas de contrôle, l’administration peut remettre en question la déduction de TVA si le lien entre la note de frais et la e-facture n’est pas démontré.
Pour éviter ces écueils, les entreprises doivent anticiper dès maintenant. Voici les étapes clés pour se préparer :
- Choisir une plateforme agréée pour émettre et recevoir les e-factures (il en existe déjà une centaine).
- Vérifier que les outils de gestion des notes de frais (logiciel de comptabilité, application de saisie) sont compatibles avec cette plateforme.
- Former les collaborateurs aux nouvelles règles : identification de l’entreprise lors de l’achat, demande d’e-facture, transmission dans le bon outil.
- Mettre en place un processus de rapprochement automatique ou semi-automatique entre les notes de frais et les e-factures reçues.
Calendrier : qui doit faire quoi et quand ?
Toutes les entreprises sont concernées, quelle que soit leur taille. Mais les obligations d’émission des factures électroniques sont décalées dans le temps :

| Date | Obligation | Entreprises concernées |
|---|---|---|
| 1er septembre 2026 | Capacité de recevoir des e-factures | Toutes les entreprises |
| 1er septembre 2026 | Obligation d’émettre des e-factures | Grandes entreprises et ETI |
| 1er septembre 2027 | Obligation d’émettre des e-factures | TPE, PME et micro-entrepreneurs |
Attention : même si vous êtes une micro-entreprise, vous devez être en capacité de recevoir des e-factures dès septembre 2026. Ne pas attendre 2027 pour vous équiper. Par ailleurs, la réforme concerne aussi les indépendants, les professions libérales et les micro-entrepreneurs, qu’ils facturent ou non la TVA. Pour ces derniers, la gestion des notes de frais personnelles peut devenir plus complexe si elles sont mélangées avec des dépenses professionnelles.
Les pièges à éviter dès maintenant
Plusieurs erreurs fréquentes peuvent coûter cher :
Croire que le PDF envoyé par mail suffit. Une facture électronique au sens de la réforme n’est pas un simple PDF joint à un email. C’est un document structuré (format Factur-X, UBL ou CII) transmis via une plateforme agréée. Le PDF par mail reste une facture papier dématérialisée, pas une e-facture.
Négliger la formation des collaborateurs. Sans eux, le processus de collecte des e-factures est voué à l’échec. Ils doivent comprendre dans quels cas demander une e-facture, et comment transmettre les informations à la comptabilité. Un collaborateur qui ne demande pas l’e-facture au restaurant, c’est de la TVA perdue.
Attendre 2027 pour les TPE/PME. Même si l’obligation d’émission est repoussée d’un an, la capacité de réception est obligatoire dès septembre 2026. Si vous recevez des factures de clients ou fournisseurs, vous devez être prêt. Sans plateforme agréée, vous ne pourrez pas les traiter.
Oublier le rapprochement. Recevoir une e-facture ne suffit pas. Il faut la rattacher à la note de frais correspondante. Sans ce lien, la TVA peut être perdue ou comptabilisée en double. Les outils de gestion des notes de frais doivent permettre ce rapprochement, idéalement de manière automatisée.
Ce qu’il faut retenir pour agir
La réforme de la facturation électronique ne se limite pas aux factures clients et fournisseurs. Les notes de frais sont un point d’entrée important, souvent sous-estimé. Le changement est autant organisationnel que technique : il implique de revoir les processus de collecte, de validation et de rapprochement des justificatifs.
Le principal risque à court terme est de perdre de la TVA parce que les collaborateurs n’ont pas demandé une e-facture, ou parce que les outils ne permettent pas de faire le lien avec la note de frais. Pour les directions financières, le mot d’ordre est clair : anticiper le choix de la plateforme agréée, vérifier la compatibilité des logiciels de gestion des frais, et former les équipes terrain. Ceux qui attendront septembre 2026 pour s’y mettre risquent de passer plusieurs mois à rattraper des flux mal gérés.
Un dernier point de vigilance : si vous utilisez une carte bancaire personnelle pour des dépenses professionnelles, le process devient plus lourd. Vous devrez non seulement justifier la dépense, mais aussi vous assurer que l’entreprise reçoit bien l’e-facture correspondante. Dans certains cas, il peut être plus simple de passer par une carte d’entreprise liée à un outil de gestion des notes de frais compatible avec la plateforme agréée. À étudier dès maintenant.



