Rester sous le régime de la micro-entreprise implique de surveiller chaque année votre chiffre d'affaires. Les seuils à ne pas dépasser varient selon votre activité. Pour 2026, les plafonds ont été revalorisés. Une vente de marchandises, d'objets ou de denrées à emporter ou à consommer sur place ne doit pas excéder 203 100 € de chiffre d'affaires hors taxes par année civile complète. Pour une prestation de services relevant des BIC ou des BNC, ainsi que pour les activités d'hébergement, le plafond est fixé à 83 600 €. Attention, si vous exercez une activité mixte, le chiffre d'affaires global ne doit pas dépasser 203 100 €, avec un maximum de 83 600 € pour la part des prestations de services.
Un cas particulier concerne la location de meublés de tourisme. Si le logement est classé ou s'il s'agit d'une chambre d'hôtes, le seuil est le même que pour les prestations de services, soit 83 600 €. En revanche, pour un meublé de tourisme non classé, le plafond est beaucoup plus bas : 15 000 €. Une différence qui peut surprendre ceux qui louent un bien sans démarche de classement.

Que se passe-t-il si vous dépassez le seuil une première fois ?
Un dépassement isolé n'entraîne pas de conséquence immédiate. Si votre chiffre d'affaires dépasse le plafond sur une année civile N, le régime de la micro-entreprise continue de s'appliquer l'année suivante N+1. Vous bénéficiez donc d'une année de tolérance. Ce mécanisme permet de ne pas pénaliser une bonne année ponctuelle. Par exemple, si vous vendez pour 210 000 € en 2025, vous restez micro-entrepreneur en 2026.
En revanche, si le dépassement se reproduit l'année suivante, vous perdez le bénéfice du régime au 1er janvier de l'année N+2. Concrètement, pour rester micro-entrepreneur au 1er janvier 2026, il ne faut pas avoir dépassé le seuil deux années de suite, soit en 2024 et en 2025. La règle est la même pour toutes les activités, qu'il s'agisse de vente, de prestation de services ou de location meublée.
Comment calculer le seuil en cas de création en cours d'année ?
Si vous créez votre micro-entreprise en cours d'année, le plafond est réduit au prorata du nombre de jours d'activité. Le calcul est le suivant : (seuil en vigueur x nombre de jours d'existence) / 365. Ce prorata s'applique uniquement pour la première année d'existence. À partir de la deuxième année, vous devez respecter le seuil complet.
Prenons un exemple concret. Vous créez une activité de vente de marchandises le 31 janvier 2026. Il reste 335 jours jusqu'au 31 décembre. Le seuil proratisé est de (203 100 x 335) / 365 = 186 407 €. Pour que le régime micro-fiscal reste applicable au 1er janvier 2028, vous devez respecter ce seuil en 2026 et le seuil complet de 203 100 € en 2027. Même logique pour une prestation de services : si vous commencez le 1er mars 2026, le calcul est (83 600 x 306) / 365 = 70 087 €.
Cette règle s'applique aussi aux entreprises saisonnières, mais avec des modalités spécifiques. En cas de doute, vérifiez auprès de l'Urssaf ou d'un expert-comptable.
Les conséquences fiscales et sociales d'un dépassement sur deux ans
Quand vous dépassez le seuil deux années consécutives, vous changez de régime au 1er janvier de l'année suivante. Vous passez alors sous le régime de l'entreprise individuelle. Sur le plan fiscal, vos revenus sont imposés selon le régime réel : bénéfices industriels et commerciaux (BIC) pour les activités commerciales, artisanales ou industrielles, et bénéfices non commerciaux (BNC) pour les activités libérales. Vous avez le choix entre le régime réel simplifié ou le régime réel normal.
Côté social, vous êtes affilié au régime social des travailleurs indépendants. Les cotisations ne sont plus calculées sur un pourcentage du chiffre d'affaires, mais sur le bénéfice réel. Cela peut entraîner une hausse ou une baisse selon votre marge. Il faut aussi tenir compte de la franchise en base de TVA. En micro-entreprise, vous ne facturez pas la TVA tant que vous restez sous certains seuils. Pour 2024 et 2025, ces seuils sont de 91 900 € pour les ventes et de 36 800 € pour les prestations de services. Si vous les dépassez, vous devez facturer la TVA et la reverser à l'État.
Un dépassement du seuil majoré de TVA (101 000 € pour les ventes, 39 100 € pour les services) vous oblige à opter pour la TVA dès le premier jour du mois où le dépassement est constaté, sans attendre la fin de l'année.
Anticiper le changement de statut pour éviter les mauvaises surprises
Perdre le régime de la micro-entreprise n'est pas une fatalité, mais cela demande une préparation. Si votre activité croît régulièrement, vous pouvez anticiper le passage au régime réel. Cela implique de tenir une comptabilité plus rigoureuse. Vous devrez déclarer votre chiffre d'affaires et vos charges, et potentiellement suivre une formation à la comptabilité ou faire appel à un expert-comptable.

Un autre point à surveiller est le cumul d'activités. Si vous exercez à la fois de la vente et des prestations de services, le plafond global est de 203 100 €, mais la part des services ne doit pas dépasser 83 600 €. Un dépassement sur un seul des deux seuils peut déjà poser problème. Par exemple, si vous vendez pour 150 000 € et facturez 90 000 € de services, vous dépassez le plafond des services, même si le total reste sous 203 100 €.
Pour éviter les erreurs, tenez un suivi mensuel de votre chiffre d'affaires. Utilisez un tableur ou un logiciel de gestion. Si vous approchez du seuil, vous pouvez limiter volontairement votre activité en refusant certaines commandes ou en décalant des prestations sur l'année suivante. Ce n'est pas toujours idéal pour le développement, mais cela permet de rester sous le régime micro.
Comparaison des seuils micro-entreprise et franchise de TVA
| Domaine d'activité | Plafond micro-entreprise | Seuil franchise TVA | Seuil majoré TVA |
|---|---|---|---|
| Achat/revente de biens | 203 100 € | 91 900 € | 101 000 € |
| Vente de denrées à consommer sur place | 203 100 € | 91 900 € | 101 000 € |
| Hébergement | 203 100 € | 91 900 € | 101 000 € |
| Prestations de services (BIC/BNC) | 83 600 € | 36 800 € | 39 100 € |
| Professions libérales | 83 600 € | 36 800 € | 39 100 € |
Ce tableau montre que les seuils de TVA sont bien inférieurs aux plafonds micro-entreprise. Vous pouvez donc être encore sous le régime micro tout en étant assujetti à la TVA. Une situation fréquente pour les activités de services qui dépassent 36 800 € de chiffre d'affaires.
Les erreurs à éviter quand on approche du plafond
La première erreur est de ne pas suivre son chiffre d'affaires régulièrement. Beaucoup de micro-entrepreneurs découvrent le dépassement en fin d'année, quand il est trop tard pour réagir. Un suivi mensuel ou trimestriel permet d'anticiper.
La deuxième erreur concerne le calcul du prorata en cas de création en cours d'année. Certains oublient d'appliquer la règle et se retrouvent avec un seuil trop bas. Vérifiez toujours le nombre de jours exacts entre le début de l'activité et le 31 décembre.
La troisième erreur est de confondre le seuil micro-entreprise et le seuil de TVA. Ce sont deux mécanismes distincts. Vous pouvez perdre la franchise de TVA sans perdre le régime micro, et inversement. Ne négligez pas la TVA : si vous devez la facturer et que vous ne l'avez pas fait, vous risquez un redressement.
Que faire si vous dépassez le seuil deux années de suite ?
Si vous êtes dans cette situation, vous devez changer de statut au 1er janvier de l'année suivante. Concrètement, vous passez en entreprise individuelle au régime réel. Vous devez alors tenir une comptabilité complète : livre-journal, grand livre, bilan et compte de résultat. Vous pouvez le faire vous-même ou confier cette tâche à un expert-comptable.
Sur le plan social, vos cotisations sont calculées sur le bénéfice réel. Si votre marge est faible, cela peut augmenter vos charges. À l'inverse, si votre marge est élevée, le passage au réel peut être plus avantageux que le régime micro, car vous déduisez toutes vos charges réelles.
Un conseil : ne tardez pas à vous renseigner. Dès que vous constatez un deuxième dépassement, contactez l'Urssaf ou un conseiller. Vous pouvez aussi opter pour le régime réel dès la première année si vous anticipez une croissance rapide. Cela évite les mauvaises surprises.
Enfin, gardez en tête que le passage au régime réel n'est pas irréversible. Si votre activité ralentit, vous pouvez revenir au régime micro, à condition de respecter les seuils pendant deux ans. Mais cette option est rarement utilisée en pratique, car la comptabilité réelle est plus lourde à gérer une fois mise en place.



