Quand on est artisan, commerçant ou profession libérale non réglementée, chaque cotisation versée à l’Urssaf n’est pas une charge perdue. Elle construit vos droits à la retraite, à la fois sur le régime de base et sur le complémentaire. Le mécanisme est simple sur le papier : un pourcentage de votre revenu, un plafond, des points. Mais dans la pratique, les taux changent selon les tranches, les cotisations minimales s’appliquent même en année déficitaire, et la régularisation annuelle peut surprendre. Voici comment ça marche concrètement.
Retraite de base : le calcul sur vos 25 meilleures années
La retraite de base des indépendants fonctionne comme celle des salariés depuis 1973. Le montant de votre pension est égal à 50 % du revenu annuel moyen de vos 25 meilleures années de carrière, à condition d’avoir le taux plein. Si vous êtes né en 1953 ou après, ce sont bien les 25 années les plus rémunérées qui sont retenues, tous régimes confondus.

Pour obtenir le taux plein, trois possibilités : atteindre l’âge du taux plein automatique (qui dépend de votre année de naissance), justifier du nombre de trimestres requis, ou être dans une situation particulière (carrière longue, inaptitude, handicap). Si vous partez avant, votre pension est réduite par une décote.
Les cotisations qui alimentent ce régime sont prélevées sur votre revenu professionnel. En 2024, le taux était de 17,75 % sur la part des revenus inférieure à 46 368 €, et de 0,60 % au-delà. En 2025, les seuils ont légèrement bougé : le plafond de la tranche 1 est passé à 48 060 €, avec un taux de 17,87 %, et la tranche 2 à 0,72 %. Une cotisation minimale de 967 € est due même si vos revenus sont faibles ou nuls – elle permet de valider 3 trimestres.
Exemple concret : si votre revenu annuel est de 50 000 €, vous cotisez 17,87 % sur les premiers 48 060 € (soit 8 585 € environ), puis 0,72 % sur le surplus de 1 940 € (soit 14 €). Total : environ 8 599 € pour la retraite de base.
Retraite complémentaire : le système de points
À côté de la retraite de base, vous accumulez des points pour la retraite complémentaire. Chaque année, vos cotisations sont converties en points selon une valeur d’achat. Au moment de la liquidation, ces points sont multipliés par une valeur de service pour donner le montant de votre pension complémentaire.
Le calcul des cotisations complémentaires suit aussi des tranches. En 2024, pour un artisan ou commerçant : 7 % sur la part des revenus inférieure à 40 784 €, puis 8 % entre 40 784 € et 185 472 €. En 2025, les taux sont passés à 8,1 % dans la limite de 44 286 €, et 9,1 % entre 44 286 € et 192 240 €.
Pour les professions libérales non réglementées, le système est différent : 0 % en dessous de 46 368 € (en 2024), et 14 % au-delà, jusqu’à 185 472 €. Cela signifie que si vos revenus sont modestes, vous ne cotisez pas pour la complémentaire, mais vous n’accumulez pas non plus de points.
La retraite complémentaire est versée intégralement si vous avez obtenu votre retraite de base à taux plein. Sinon, elle est réduite par un coefficient d’abattement.
Cotisations minimales et cas particuliers
Même avec un revenu faible ou nul, vous devez payer une cotisation minimale pour la retraite de base. En 2024, elle était de 931 €, ce qui validait 3 trimestres. En 2025, elle atteint 967 €. La retraite complémentaire, elle, n’a pas de minimum : si vous ne gagnez rien, vous ne cotisez pas et n’acquérez pas de points.
Deux situations permettent d’échapper à cette cotisation minimale : si vous bénéficiez du RSA ou de la prime d’activité, vos cotisations sont calculées sur votre revenu réel, même s’il est très bas. En cas de difficultés financières, vous pouvez demander un report de paiement ou solliciter l’action sociale de la Sécurité sociale des indépendants, qui peut annuler tout ou partie des cotisations dues.

Un point important : les cotisations provisionnelles sont calculées sur le revenu de l’avant-dernière année. En début d’année, l’Urssaf vous envoie un échéancier basé sur vos revenus d’il y a deux ans. Après votre déclaration fiscale, les cotisations sont régularisées : vous payez un complément si vos revenus ont augmenté, ou vous êtes remboursé s’ils ont baissé.
Si vos revenus varient fortement, vous pouvez moduler vos cotisations en cours d’année depuis votre espace en ligne Urssaf. La modulation permet d’ajuster immédiatement le montant provisionnel, ce qui évite une grosse régularisation en fin d’année.
Tableau récapitulatif des taux 2025
| Type de cotisation | Tranche de revenu | Taux |
|---|---|---|
| Retraite de base | Jusqu’à 48 060 € | 17,87 % |
| Retraite de base | Au-delà de 48 060 € | 0,72 % |
| Retraite complémentaire (artisans/commerçants) | Jusqu’à 44 286 € | 8,1 % |
| Retraite complémentaire (artisans/commerçants) | De 44 286 € à 192 240 € | 9,1 % |
| Retraite complémentaire (professions libérales non réglementées) | Jusqu’à 48 060 € | 0 % |
| Retraite complémentaire (professions libérales non réglementées) | De 48 060 € à 192 240 € | 14 % |
Ces taux évoluent régulièrement. La base de calcul et certains taux doivent encore changer en 2026, après la déclaration des revenus professionnels 2025. Mieux vaut vérifier chaque année sur le site de l’Urssaf.
Demander sa retraite : délais et interlocuteurs
La demande de retraite doit être déposée 6 mois avant la date de départ souhaitée. Vous pouvez le faire en ligne sur le site info-retraite.fr. Votre interlocuteur principal est la Carsat de votre lieu de résidence si vous êtes artisan, commerçant ou profession libérale non réglementée. Pour les professions libérales réglementées (médecins, avocats, experts-comptables…), c’est la CNAVPL et l’une de ses 10 caisses complémentaires (CARMF, CARCDSF, Carpimko…).
Si vous dépendez de la Cipav, sachez que la gestion de votre retraite et de votre invalidité-décès a été transférée à l’Assurance retraite. Les cotisations, elles, restent à payer à l’Urssaf.
Cumul emploi-retraite : reprendre une activité sans perdre sa pension
Vous pouvez continuer à travailler après votre départ à la retraite, tout en touchant votre pension. Deux cas de figure :
- Cumul intégral : vous percevez l’intégralité de votre pension et de vos revenus d’activité si vous avez l’âge légal, une carrière complète (ou l’âge du taux plein), et si vous avez liquidé toutes vos pensions (base + complémentaire, françaises et étrangères).
- Cumul partiel : si vous ne remplissez pas ces conditions, vos revenus d’activité ne doivent pas dépasser un certain plafond. Si c’est le cas, le versement de la retraite de base peut être suspendu pendant 12 mois maximum.
Une fois à la retraite, vous pouvez acquérir des droits complémentaires en créant ou reprenant une activité, sous conditions. Cela permet d’augmenter votre pension si vous travaillez encore quelques années.
Ce qu’il faut retenir pour ne pas se tromper
Les cotisations retraite des indépendants sont proportionnelles au revenu, mais avec des seuils, des taux différents selon le régime et une cotisation minimale qui tombe même en année blanche. Le piège classique ? Ne pas anticiper la régularisation annuelle. Si votre revenu a fortement augmenté, le complément de cotisations peut représenter plusieurs milliers d’euros. À l’inverse, si vous modulez vos cotisations à la baisse en cas de baisse de revenus, vous évitez d’avancer de l’argent inutilement.
Autre point de vigilance : le statut d’assimilé cadre peut ouvrir des droits différents, notamment sur la complémentaire. Si vous passez d’indépendant à salarié cadre, vos cotisations et vos droits changent. Il vaut mieux vérifier l’impact sur votre carrière avant de basculer.
Enfin, un conseil concret : estimez régulièrement vos droits retraite via le simulateur officiel du site info-retraite. Cela vous permet de savoir où vous en êtes et d’ajuster votre stratégie d’épargne ou de cotisations si vous visez un départ anticipé ou un complément de pension.



